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A Antibes, Actif Azur montre que faire de l’insertion socioprofessionnelle dans le cadre de prestations intellectuelles est possible, et même très efficace. L’entreprise d’insertion, émanation du projet solidaire national Actif France, ne se contente pas de collecter des ordinateurs pour les mettre dans le circuit du réemploi dans une dynamique d’économie circulaire. Elle propose également une offre de services à des clients professionnels (gestion du parc, installation de logiciels, etc.) et développe des formations à l’intention de seniors pour lutter contre la fracture numérique. Elle est également titulaire d’un marché « clausé » de services informatiques lancé par un institut de recherche. Actif Azur offre de multiples opportunités professionnelles pour les personnes qu’elle accueille.

Questions à Virginie JACQUET, Directrice opérationnelle, ACTIF AZUR

 

Pourquoi vous êtes-vous positionnés sur la rénovation des ordinateurs ?

Le constat initial était que beaucoup d’ordinateurs professionnels étaient jetés, alors qu’ils pouvaient connaître une seconde vie. Nous avons alors développé une activité de collecte en signant des conventions de partenariat avec des entreprises et des collectivités qui souhaitent se débarrasser d’une partie de leur matériel informatique.

 

Notre action consiste, une fois les ordinateurs (fixes ou portables) et écrans collectés, à changer les composants défectueux ou les systèmes d’exploitation et à améliorer la performance des machines. Si un ordinateur se révèle inutilisable, nous avons un partenariat avec un atelier protégé qui s’occupe du démantèlement des déchets d’équipement électriques et électroniques (DEEE).

 

Nous nous inscrivons dans le champ de l’économie circulaire, en favorisant le réemploi. Sur environ 1 700 ordinateurs collectés l’année dernière, nous en avons remis en service 1 400.

 

 

En quoi consiste précisément la convention que vous mettez en place avec vos partenaires ?

Cette convention n’est pas obligatoire, mais elle permet de formaliser les engagements. De notre côté, nous nous engageons à effacer les données des ordinateurs pour garantir la confidentialité et à gérer les déchets le cas échéant. Quant aux entreprises, on leur demande une liste de ce qu’elles veulent nous donner. On collecte ce qui peut faire l’objet d’une seconde vie, le matériel destiné au réemploi. Cela nous permet d’anticiper notre activité.

 

Autre élément important : cette collecte est assurée à titre gratuit. Etant donné que la règlementation en ce qui concerne la gestion des déchets est de plus en plus contraignante, Actif Azur peut rendre aux professionnels un grand service en s’occupant de leur matériel informatique.

 

 

Quels objectifs poursuivez-vous ?

Avec cette activité, nous pouvons équiper à bas prix des particuliers, mais aussi des associations ou des acteurs de la formation qui ont besoin d’un parc important mais n’ont pas forcément un grand budget.

 

Nous avons d’ailleurs rejoint ORDI 2.0., qui est un programme de lutte contre la fracture numérique et qui a pour objectif de fournir un équipement informatique à chaque personne et foyer, leur permettant d’accéder à Internet.

 

 

Comment a évolué votre offre de services au fil du temps ?

Nous avons complété notre activité de collecte et de réemploi avec des prestations de services. Certains de nos techniciens sont en capacité d’assurer une mission spécifique dans une entreprise ou une collectivité : par exemple, installer des ordinateurs dans un bureau, mettre à niveau le système, gérer le parc informatique, faire du support, etc.

 

 

Quel parcours proposez-vous aux personnes en insertion que vous accueillez ?

Nous accueillons des personnes qui veulent développer un projet professionnel dans le domaine de l’informatique. Généralement, elles n’ont pas de diplôme, mais des compétences qu’elles ont acquises en autodidacte. Travailler dans l’hardware, c’est très formateur. Ça permet de voir concrètement ce qu’il y a dans une machine, d’être formé sur différents logiciels.

 

La prestation de services dans le milieu professionnel complète cette acquisition de compétences, notamment au travers de la découverte des procédures propres à chaque client.

 

Nous mobilisons aussi ponctuellement des organismes de formation pour mettre à jour les connaissances de l’équipe sur des points très techniques.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer la relation commerciale que vous avez avec Inria ?

Inria est un établissement public de recherche dédié aux sciences du numérique. Notre collaboration a débuté en 2012 avec la signature d’une convention de partenariat pour la collecte d’ordinateurs, afin d’offrir une seconde vie au matériel dont les chercheurs n’avaient plus l’usage.

 

Inria a ensuite eu des besoins ponctuels au sein de son service informatique, suite à une réorganisation interne. En complément des opérations de collecte, nous sommes venus de temps en temps les appuyer dans le déploiement de leur parc informatique (installation, gestion, etc.).

 

Les besoins d’Inria devenant de plus en plus réguliers, l’établissement a passé un marché à bons de commande comportant une clause sociale (article 14), avec le soutien de la Maison de l’Emploi de la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis. La convention de partenariat pour la collecte n’y est sans doute pas pour rien : cela a permis de sensibiliser en interne chez notre client à la question de l’insertion socioprofessionnelle, et lui a montré qu’il pouvait jouer un rôle social positif au niveau local.

 

 

Quelles ont été les étapes suivantes concernant le marché ?

Fin 2014, quatre offres ont été recueillies pour ce marché.  Actif Azur a été retenu, et pas forcément uniquement pour le volet social, car 150 heures ont été prévues par an, ce qui n’est pas très conséquent. Nous nous sommes positionnés au mieux sur l’offre technique, et c’est ce qui a compté.

 

Aujourd’hui, nous sommes donc prestataire de services pour Inria. Un technicien intervient à mi-temps sur des tâches de gestion du parc informatique, et des bons de commande sont émis en complément en cas de besoin.

 

Quel impact social a eu cet achat responsable sur les personnes concernées par les prestations pour Inria ?

L’acquisition de compétences, à la fois en termes de savoir-faire et de savoir-être, est l’impact le plus visible. Les personnes en insertion sont amenées à travailler sur site, c’est-à-dire directement dans les locaux de l’institut de recherche. Ils sont donc dans un environnement professionnel très riche, avec des chercheurs à leur côté, c’est une réelle immersion. On les incite largement à valoriser cette activité sur leur CV.

 

De manière qualitative, cet achat a pu également aboutir à l’embauche d’un technicien impliqué dans la prestation, directement à Inria, pour un CDD de six mois. Il avait été repéré pour son travail de qualité.

 

 

Et globalement, comment évaluez-vous votre impact social ?

Nous avons un taux de sortie positive de 75 %. De nombreux anciens salariés en insertion sont devenus techniciens en CDI dans des sociétés de services informatiques. Nous avons aussi beaucoup d’entrées en formation professionnelle. Dernièrement, un jeune est entré par exemple en formation de développeur informatique et nous l’avons accompagné dans ce projet.

 

 

Achats responsables et recrutement sont-ils souvent liés ?

Quand j’échange avec une entreprise, nous abordons les questions de collecte du matériel informatique, les prestations de service, mais également le placement RH.

 

Ceci dit, les entreprises viennent rarement nous voir pour recruter directement. Il y a d’abord une demande de collecte ou de services, et la question RH vient après. Par exemple, PRO BTP, qui est un de nos clients de longue date en termes de prestation de services, a fait recruter 6 ou 7 salariés d’Actif Azur, mais ce n’était pas la demande initiale.

 

L’achat socialement responsable permet à l’entreprise cliente de rencontrer d’autres types de profil, des personnes qui n’ont pas forcément le diplôme qu’il faut, mais toutes les compétences requises pour postuler à ses offres d’emploi. C’est tout l’intérêt de notre développement sur la prestation de services : les personnes en insertion peuvent se faire mieux connaître, le recruteur peut les « tester » en situation réelle de travail, et quand un poste s’ouvre, ils sont en bonne position pour candidater.

 

 

Expérimentez-vous d’autres types de prestations avec certains clients ?

Oui, nous avons par exemple un partenariat important avec HUMANIS, dans le cadre de son action sociale. Nous assurons des prestations informatiques pour le compte du groupe, à l’attention de leurs cotisants seniors volontaires. Nous organisons des ateliers de 8 personnes maximum, animés par des techniciens d’Actif Azur, d’une durée d’une heure et demie, une fois par semaine pendant deux mois. On aborde le fonctionnement de la bureautique, le traitement de texte, la navigation, etc. Nous sommes en train d’étendre notre territoire d’intervention et travaillons également, sur le même type de prestations, pour le compte de CCAS.

 

 

Quelles sont vos perspectives de développement ?

Nous sommes en phase de diversification. Le champ des possibles s’ouvre. Nous avons débuté avec des activités de montage/démontage, pour en arriver à développer des prestations de services.

 

Il y a une vraie cohérence dans ces différents métiers car ce sont les mêmes personnes qui interviennent.

 

Nous souhaitons également diversifier nos clients, avec la volonté de répondre aux besoins des collectivités dynamiques en matière d’achats socialement responsables. Qu’elles n’hésitent plus à intégrer des clauses sociales dans leurs marchés informatiques, nous sommes là pour répondre à leurs appels d’offres !